La maison des alliés

La maison des alliés

Architecte
WRA - Wild Rabbits Architecture
Lieu
Épinay-sur-Seine, France | View Map
Année du projet
2015
Catégorie
Maisons privées
Daniel Moulinet

La maison des alliés

WRA - Wild Rabbits Architecture en tant que Architectes.

Comment diable ce joyeux bunker a-t-il pu atterrir en 2015, à l’angle de la rue des Alliés et de la rue de Verdun à Épinay-sur-Seine ? La demande des maitres d'ouvrage était singulière :  Être dans la ville sans en subir les plus mauvais côtés : la promiscuité, le bruit et les maisons voisines qui encombrent le paysage quand on ouvre les rideaux. S'extraire du monde en rentrant chez soi, admirer le soleil, le vent, la pluie, le ciel et la nature. La maison devait s'ouvrir largement au nord sur le jardin, conçu comme un fragment de nature.

photo_credit Daniel Moulinet
Daniel Moulinet

Le programme était simple : deux chambres, une pièce à vivre, une cave, une cheminée.

Les attentes architecturales ? Pas d'attente mais une sympathie pour les "nested house" japonaises. Notre seule vraie attente était que l'esprit créatif de l'architecte s'exprime sans préjugé de forme et de matériaux.

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Daniel Moulinet

Le site était contraint par son emplacement au carrefour de deux rues. Dans le PLU, un retrait de 4 à 7 mètres était imposé pour les façades principales côtés sud et est de la parcelle. Or cette dernière mesure entre 5 et 9 mètres de large ! Il a donc fallu fermer la façade est pour éviter le retrait et réaliser une maison aux proportions confortables. Les contraintes du PLU ont ainsi aidé à affirmer les intuitions des maîtres d'ouvrage en privilégiant la vue vers le nord, dans la profondeur du jardin et la vue sud qui s’avèrera d’une qualité étonnante.

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Daniel Moulinet

La réponse des architectes l’est tout autant : cette maison est avant tout une histoire de regards. Celui empreint de perplexité porté sur cette maison bunker, celui un brin déconcerté que l’on porte à priori sur le fatras du pavillonnaire hétérogène des alentours.

En orientant précisément les vues selon une déambulation verticale savamment orchestrée, la maison magnifie l’étrange richesse du paysage alentour et révèle des espaces intérieurs d’un délicieux confort :

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Daniel Moulinet

On aborde la maison par sa face est, la plus fermée, en passant par le garage sans voiture, quasiment en tranchée, sous un puissant porte-à-faux qui conforte subtilement le pressentiment d’oppression que nous évoque inévitablement la symbolique du blockhaus. Cette entame prépare l’effet de surprise qui, au débouché du premier escalier, accentue le plaisir d’entrer dans un séjour vaste, chaleureux et particulièrement lumineux. Ce premier volume est contigu avec la cuisine, un demi niveau au-dessus.

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Daniel Moulinet

Il est éclairé par trois façades et par les sheds en toiture, mais toute l’attention est aspirée par la baie vitrée démesurée qui cadre le vue dans la profondeur du jardin : quatre mètres par trois, deux mètres d’épaisseur, prolongée par une plateforme en plongeoir. Ce jardin n’est pas de ceux où l’on flâne, où l’on s’ébat. On ne peut y accéder que d’un bond, c’est un jardin à distance, un tableau végétal à la manière de Baragan où les plans se succèdent et qui depuis le séjour, grâce à d’immenses œillères verticales, semble plonger toute la maison dans une profonde forêt de poche dont on ne peut discerner les contours. 

photo_credit Daniel Moulinet
Daniel Moulinet

Côté sud en revanche les œillères sont horizontales, elles fendent la façade massive de part en part, elles découpent une généreuse tranche dans le paysage d'une boucle de la Seine. Nous sommes sur le porte-à-faux, la cuisine a été littéralement soulevée pour placer la vue au-dessus des hangars, pour cacher la rue et ne garder du paysage que l’exceptionnel panorama qui s’ouvre devant nous, pincé entre deux épaisses lames de béton. À l’étage supérieur le propos est plus radical encore : depuis la chambre on ne voit que le ciel. Le côté sud, face au lit est entièrement vitré, il donne sur la terrasse fermée par les sheds qui éclairent le séjour et par le fronton courbe de la maison. Le volume qui semblait si massif d’en bas prend à présent l’allure d’une fine coquille évidée. On sort de la chambre, on monte une première rampe, le solarium, en rapport intime avec le ciel pour une quiétude absolue. Après une seconde pente, une terrasse surplombe et l’œil se hisse au-dessus du parapet et c’est alors une vue d’oiseau qui se dévoile.

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Daniel Moulinet

Un bunker, vraiment !? : faisant le détour pour observer ce qui est rapidement devenu une curiosité locale, les promeneurs et leurs gamins n’hésitent pas à interpeller les habitants : l’objet a-t-il été déposé là par des extra-terrestres ? Est-ce un vrai bunker ? S’agit-il de la tête d’un robot dont le corps est caché sous terre ? Fait-il noir à l’intérieur ? Cette maison est une histoire de contraste, de brut et de chaleureux, de lumière et d'ombre, c’est aussi une forme très évocatrice dont il convient de dire quelques mots :

Le projet aurait tout aussi bien fonctionné avec une autre écriture, mais il aurait probablement alors été un bunker maquillé en maison orthogonale parce que dans son puissant rapport au sol, dans sa manière de trancher des vues dans le paysage, dans sa façade-rue opaque imposée par le PLU, dans la volonté d’extraire les habitants du contexte, c’est un bunker. Par le regard que Paul Virilio et Claude Parent nous ont transmis, par l’aspect ludique de ces rochers de béton, par l’exaltation iconique de l’enveloppe performante qu’il évoque dans notre petit cercle d’écolos, par l’exotisme qu’ils suggèrent à ceux qui ne fréquentent pas souvent les plages normandes, pour la démarche artistique qui consiste à extraire un objet de son contexte, à transcender les aprioris, à interpeller le passant, à faire le bien à partir d’un mal, le bunker nous a convaincu de le représenter sans fard, de l’assumer et d’inventer une évidence incongrue, décalé d’une guerre, à l’angle de la rue des Alliés et de la rue de Verdun.

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Daniel Moulinet

Comment est-ce construit et par qui ?
Après un épisode épique visant à arracher le permis de construire de ce projet controversé, les propriétaires ont fait une pause et, le moment venu, ils ont convenu avec WRA de confier la maitrise d’œuvre et l’exécution à un duo architecte-entrepreneur de leur connaissance : Caroline Dubois & Antonio Da Eira. Le projet a alors évolué gagnant en humanité ce qu’il perdait en rigueur. Une chambre a été ajouté en demi sous-sol et la terrasse a été modifiée pour faciliter l’accès en toiture. Les procédés constructifs ont été revus et adaptés avec les trois maçons et menuisiers qui lentement mais surement ont réalisé les travaux. Vladimir Doray a gardé un rôle de soutien amical pour des arbitrages esthétiques lors de la réalisation.

L’essentiel de l’ouvrage est en béton armé, les banches courbes ont été réalisées de manière artisanale. Une partie des planchers est en béton précontraint. Les menuiseries sont en aluminium pour garantir la plus grande discrétion des montants.

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Et l'environnement dans tout ça ?
Côté maîtrise d'ouvrage, le développement durable n'était pas une donnée d'entrée du projet mais les échanges avec Vladimir Doray et ensuite l’acte de construire et d'investir nous ont confronté à l'impact de nos décisions et de notre mode de vie sur l'environnement. Le permis de construire a été déposé avant l'entrée en vigueur de la RT 2012. La maison est conforme à la RT 2005 mais elle n'a pas été labellisée BBC. Le projet s’est placé dans la continuité de l’étude que WRA avait réalisé en 2008 pour un concours EDF bas carbone qui avait pour sujet la maison low-cost, low-tech, low-carbone.

  • L'idée de construire en bois a été vite écartée car ce n'était pas le sens du projet.
  • Pour les mêmes raisons esthétiques, l'isolation par l’extérieur était impossible. Les efforts se sont portés sur une isolation performante et durable par l'intérieur (laine de bois 200 cm et complexe laine de bois et lambourde au sol).
  • Le sol de l'ensemble de la maison est revêtu d'un plancher bois posé sur lambourde. Les sols extérieurs proviennent de la société anonyme à participation ouvrière Ambiance Bois.
  • Pour le chauffage, le bois s'est imposé pour chauffer rapidement et à moindre coup ce grand volume et offrir une ambiance chaleureuse. Il s'agit d'un un poêle 12 KW. La chambre du demi-sous-sol est chauffée par un radiateur à infrarouge long. Bénéficiant d'une température stable entre 13 et 19 degrés, cette chambre est le refuge les nuits d'été.
  • Une cuve en béton de 3 m3 récupère les eaux pluviales. Elle est connectée aux robinets extérieurs.
  • Nous n'avons pas souhaité vivre avec une ventilation double flux. Un simple flux fonctionne par intermittence.
  • Enfin, pour l'eau chaude sanitaire, sous l'influence d'H.J. Thoreau, nous avons opté pour la solution radicale de prendre des douches froides et d'allumer le cumulus classique pour les invités.
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Etait-ce bien raisonnable ? 
C'est la question que nous nous posons parfois en rentrant chez nous. Peu importe la réponse, ceux qui franchissent le seuil du foyer aiment y vivre et y revenir.

Cette maison mérite trois fois son nom de folie : c'est une tocade pour l'architecture, c'est une résidence extravagante et un brin déraisonnable et, si l'on en croit Emile Littré, c'est l'abri de feuillage où chacun peut vivre un moment en toute discrétion.

Fruit de la confiance entre les architectes et les maitres d'ouvrage, l’aspect blockhaus est assumé comme l’évocation de ces ruines aux formes arrondies de rochers sur lesquels la nature peu à peu reprend ses droits. Une figure romantique, un objet poétique non identifié, pour lequel, nous avons trouvé une sensibilité commune.

Des riverains ont été surpris voire choqués par le projet lors de sa construction mais la maison est désormais une petite attraction des promeneurs et les voisins ont les clefs de la maison...

Comment avez-vous fait pour obtenir le permis de construire ? Cette question est étonnamment récurrente. Le permis, refusé par la mairie, a été délivré par le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil. Et si l'utilité de cette maison était symbolique ? Comme un rappel que les autorités en matière d'urbanisme sont gardiennes des lois et des règles et non d'une morale esthétique.

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Crédits de projet
Fiche technique du produit

ÉlémentMarque
Wood floor resting on the joistAmbiance Bois
Windows: AluminumCortizo
Fiche technique du produit
Wood floor resting on the joist
Windows: Aluminum
by Cortizo
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Maisons privées
Los Angeles, CA, United States - Construction terminée in 2017
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