HOUSING PROJECT (Place de la Bastille)

HOUSING PROJECT (Place de la Bastille)

Architecte
BFV ARCHITECTES
Lieu
Place de la Bastille, Paris, France
Année du projet
2011
Catégorie
Logement social
©Sergio Grazia / Luc Boegly

"Haute Couture"

BFV ARCHITECTES en tant que Architectes.

Prendre la Bastille

 

L’immeuble prend la Bastille. Il l’aborde juché sur de hauts talons, tanké comme un « Hummer ».

 

L’immeuble est soulevé par une dentelle de pilotis en béton, réceptacle architectonique d’une spectaculaire descente de charges ou encore talons aiguilles pour bâtiment corseté. Le socle ainsi rehaussé profite de grandes baies vitrées qui éclairent les 3 cotés du triangle. Il abritera la donation Jacques-Henri Lartigue, espace de présentation des photos de l’artiste.

 

Le bâtiment fait face à la place, oreilles dressées. Cuirassé dans son manteau d’acier, il hume les vibrations, écoute le métro qui bifurque à ses pieds, scrute le flot incessant des voitures et sonde la société à coup de manifestations du week-end. Nous avons dramatisé cette « prise directe » avec la Bastille. Le bâtiment ne cultive pas les marges, il épouse les limites parcellaires et les héberges des immeubles voisins.

 

Inscrit dans une parcelle triangulaire, il se charge de la dynamique de l’îlot dit « Biscornet » dont il achève l’urbanisme et contre toute attente, sa proue ne dessine pas un angle mais une surface : par un jeu de triangulation de la vêture, de plissements dynamiques et de formes complexes, l’objet s’ouvre sur une façade principale en verre. Ce grand écran tendu vers la place est biseauté, il offre en miroir une perception brouillée de la ville.


Statut

 

La taille de cette parcelle est inversement proportionnelle à son statut. « Résidentiel », voire résiduel, l’îlot possède une impressionnante visibilité urbaine. Notre objectif était de conforter l’angle, de couvrir l’héberge du bâtiment mitoyen. Pour l’atteindre, nous avons développé une stratégie de la verticalité, expérimenté en termes de volumétrie et de typologie d’appartement (des duplex et quelques flats).

 

C’est aussi une stratégie de la mue : une chrysalide opérant une transformation progressive vers l’espace de la place dans un volume qui devient un temps – celui du déploiement – et des fenêtres qui s’ouvrent comme un calendrier de l’avent.


Voir sans être vu

 

Le bâtiment est rendu indistinct par son emballage de métal. La césure classique façade/toit est battue en brèche par une logique de peau qui descend des toitures et couvre les facettes de l’immeuble. Cette carapace de plaques, rivets et boulons s’ouvre en accordéon pour découvrir des percements. Tantôt ouvert et loquace, tantôt fermé et muré dans son silence, le bâtiment change d’attitude.

Le cycle jour / nuit astreint le bâtiment. Il le teinte aussi. La vêture d’un bronze gris-vert oscille entre luminosité colorée, brillance et mordorée et lourdeur d’un char d’assaut.


L’indistinction du manteau affecte la façade de verre. De jour, elle s’affiche en double écran, légèrement altéré par les ventelles. Selon le point dont on l’observe, elle reflète l’opéra en le déstructurant, le ciel en le décalant. Grise, sombre, bleue, claire, bien souvent cette façade varie. Par un ciel bas, elle paraît charrier les relents de l’eau grisâtre qui s’écoule en contrebas. La façade réfléchit, le bâtiment est pensif.

 

De nuit, les boîtes colorées des loggias transparaissent du voile de verre et créent une profondeur de champ surprenante, une gaîté de faubourg qui convoque le fantasme d’autres lieux. Au fond se joue l’intimité des foyers et des familles : derrière les ventelles, les habitants observent sans être vus ; dans la retraite de leur loge, protéges du vacarme de la rue, ils bénéficient du spectacle, les images sans le son.


Tous les duplex s’adressent à la place. Leur séjour profite d’une hauteur dégagée. Les cuisines sont séparées sans être closes. Les chambres se rangent à l’étage, elles sont orientées sur les façades latérales. Des vues intérieures (d’une pièce à l’autre) croisent les vues vers les extérieurs : Place ou Arsenal pour les duplex de gauche, Place et Opéra pour les duplex de droite.

 

Les triangulations et plissements qui sculptent la façade s’impriment dans le dessin des appartements, sur les angles et lignes de fuite des espaces intérieurs. Seuls les flats se lovent autour du noyau d’escalier, ils s’enroulent avec souplesse et s’étirent dans des recoins.

 

L’immeuble est mutique comme la roche. à l’image d’un habitat troglodyte, les appartements forment des cavités anguleuses creusées dans une matière sombre, tantôt éclairées par un spectacle indistinct, tantôt recluses pour affronter les flots de la nuit.


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